20.07.2009

BHL: MERCI!

Bernard Henri-Lévy, un seul mot: merci.

Merci, par votre intervention fracassante dans Le journal du Dimanche appelant "à en finir, le plus vite possible maintenant, avec ce grand corps malade" qu'est le Parti socialiste, d'avoir montré que ce qui se joue aujourd'hui, pour lui et pour toute la gauche, ne relève pas  de jeux internes qui pourraient se régler par des injonctions à rentrer dans le rang ou à se "casser" ( quelle illusion!), mais d'une volonté d'opérer un tournant historique dans la recomposition du paysage politique.

Quelle que soit la violence du propos, je pars du principe qu'il est d'autant plus violent qu'il est sincère. Et votre éthique de la liberté, votre engagement plaident pour prendre l'affaire au sérieux.

Ainsi, vous considérez, comme Maurice Clavel hier, que "pour vaincre la droite, il faut d'abord briser la gauche" et, en l'espèce d'abord le Parti socialiste qui en est sa colonne vertébrale (au moins pour ceux qui considèrent qu'il n'y a de gauche que par la volonté de changer la vie et donc de gouverner). Première remarque alors: toute comparaison avec la situation de PC des années 80 est fausse. A 2 titres au moins. Dans les années 80, le PC n'avait pas la volonté de faire gagner la gauche et il n'est entré au gouvernement qu'à la suite de son premier déclin électoral à la présidentielle. D'autre part, les volontés refondatrices qui sont nées du score catastrophique du PC aux européennes de 84 se sont heurtées à la culture du PC de l'époque matricée par le centralisme démocratique. Quoi qu'il en soit de l'état de la démocratie interne au PS, comparaison n'est pas raison.

Mais surtout, votre long réquisitoire angoissé sur l'incapacité du PS à représenter une espérance et à incarner un avenir ne nous en dit pas beaucoup plus sur la substitution qu'il faudrait lui opérer , de même ampleur qu'au moment du congrès d'Epinay en Juin 1971. Car il est faux de dire qu'Epinay n'a fait que consacrer la déliquescence de la vieille SFIO. Epinay a d'abord été le choix difficile, étroit (51% des suffrages pour la motion Mitterrand/Mauroy/Chevènement/Deferre), d'une stratégie de conquête disputant le leadership de la gauche au PC. Or, c'est bien la question qui est posée aujourd'hui et à cet égard vous n'avez pas tort: qu'incarnons-nous de neuf dans ce 21ème siècle qui s'ouvre par une crise historique, de civilisation, du capitalisme mondialisé et comment pouvons-nous polariser le camp du changement au moment où Nicolas Sarkozy excelle dans la triangulation et arrive à camoufler la nature réelle de son projet politique?

Vous dites que "ce qui tue le PS, ce n'est pas l'excès mais le défaut de guerre intestine". Si vous voulez dire par là qu'il aurait mieux valu faire, à Reims, un vrai congrès de Metz (1979, l'affrontement Mitterrand/Rocard) qu'un congrès indigne, je vous rejoins volontiers. Vous parlez "d'énergie à s'autodétruire", d'autres de gâchis. N'est ce pas là, en effet, une bonne partie du problème et au moins un bout de la solution?

Retrouver le goût, l'envie, l'empathie d'une confrontation vraie, à livres ouverts sur le chemin à prendre d'ici 2012, n'est ce pas ce qui s'impose? Et l'on verra bien ce qui devra être dépassé ou ce qui devra disparaître. En politique, il ne suffit pas de décréter la mort d'un idéal. Jaurès l'a très bien su lui aussi...

Car considérer que "renouer avec l'essentiel c'est penser trois grands refus: l'antifascisme, l'anticolonialisme, l'antitotalitarisme" est sans doute encore de grande actualité mais, à mes yeux, insuffisamment opératoire pour donner un nouveau contenu au socialisme moderne. Sauf à considérer que le socialisme lui-même est trop "daté"...

Mais alors, nommons les choses et confrontons les, tranchons les par des votes, y compris par des systèmes de primaires ouvertes qui ne se limiteraient pas à choisir un candidat présidentiable mais qui feraient débattre de l'orientation à donner au combat politique.

Le problème du PS n'est pas seulement qu'il est rongé par un individualisme dévastateur mais qu'il a peur de trancher collectivement et de manière ouverte dans un dialogue avec toute la société. Vous parlez de l'Europe "où d'aucuns ont renoué avec la chauvinisme de Jules Guesde". Pas faux. Mais justement, lorsque Mitterrand a été confronté à la question du choix européen du PS au milieu des années 70, il a mis son mandat de 1er secrétaire en jeu. Le choix a été fait. Les oppositions se sont exprimées et chacun est resté. Au nom de quoi la richesse de nos talents individuels, la force que nous représentons aujourd'hui dans les territoires, devraient immanquablement se traduire en gâchis d'idées, de personnalités, plutôt qu'en force d'un nouveau projet collectif? Reims a été un drame mais je ne suis pas convaincu qu'il ait marqué la fin de l'histoire. Celle d'un cycle ouvert par la défaite de 2002 et l'impossibilité à choisir un nouveau leadership, oui. Celle de l'adaptation su socialisme aux réalités contemporaines, je n'en suis pas du tout convaincu. Et comme le socialisme n'est pas d'abord d'essence nationale, sortons de notre nombrilisme et regardons comment il vit contradictoirement en Europe. Ici encore fringant, là décomposé. Et il n'est pas en plus grande forme là où il est apparu comme le plus moderne dans les années 90 outre-manche.

J'ai bien conscience que mon billet (modestement diffusé) ne fait sans doute pas beaucoup plus avancer que votre voyage au bout de l'enfer (largement médiatisé).

Je souhaitais juste attirer votre attention et celle de quelques autres sur le fait que la morbidité en politique n'est pas forcément productive. Mais si votre cri permet aux socialistes de réagir, alors, une nouvelle fois: Merci.

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Commentaires

Quelle honte de travailler en sous main pour Sarkozy et de faire semblant d'être de gauche.

"je tire sur le ps et je lui reproche de mourir".

Mais c'est VOUS et votre bande les assassins.

Passez chez votre ami sarkozy et foutez la paix à la gauche. Vous êtes de droite, c'est votre droit, mais c'est dégueulasse de rester à gauche en sous marin.

Quand allez vous comprendre que ce que vous reprochez au ps c'est VOUS qui en êtes responsables et vous faites tout, tous les jours, pour que ça s'aggrave.

Même si vous finissez un jour par prendre les reines de ce qui restera, on ne votera JAMAIS pour vous. On restera à la maison. on ne veut pas de vous, vous êtes la même chose que Sarkozy. Autant garder le vrai plutôt que la copie.

Comme Sarkozy avancer pour vous c'est reculer.

J'espère au moins qu'aux prochaines élections vous ne représenterez plus la gauche, de toutes les façons on ne votera pas pour vous. Au pire et je vous l'affirme, je ferai comme vous, je voterai pour l'autre camp.

J'étais d'accord pour m'allier avec le MoDem, si d'avanture des gens comme vous le font, je n'irai pas voter et je ferai campagne contre vous.

Rassurez vous on est un grand nombre de socialistes bien décidés maintenant à se battre contre vous le moment venu.

Savourez bien votre dernier mandat.

Vous parlez d'un voyage au bout de l'enfer bien médiatisé...oui, par vous. C'est bien ce que veut et cherche votre amis Valls.

Désolé pour ces propos, vous exprimez votre pensée, j'en fais de même. Ce que vous faites au Ps, nous vous le ferons contre vous avec autant de vigueur. Vous avez décidé de tuer le Ps, vous vous êtes tué en même temps.

Je termine toujours par "amitiés socialistes" mais non, avec vous je ne peux pas.

Salutations

Ecrit par : Socialiste | 20.07.2009

Cher socialiste,
Lisez bien cette chronique. Elle vous éviterait de faire un contre sens...
Mais pourquoi donc les socialistes ne peuvent se parler qu'en s'insultant???

Ecrit par : chouat | 21.07.2009

Bonjour Francis,

Je t'envoie ici une réponse sous forme de synthèse et de questionnements qui s'ancrent sur tes propositions figurant dans ta lettre du 20 juillet « BHL: MERCI! », restant consciente que tu ne peux pas y débattre de tout. Ta riposte fait clairement le point sur les moments charnières des orientations circonstanciées du PS au cours des années soixante-dix et quatre-vingt. Et voici les points forts sur lesquels nos allons devoir faire oeuvre.

Pour résumer tes propositions, voici ce que j'ai noté et que dans l'ensemble je partage :
- La question du mode de désignation d'un candidat « leader »: choix de primaires ouvertes.
- La question de « l'orientation à donner au combat politique ».
- L'éloge des « forces territoriales ».

Les questionnements que ces points génèrent, mêlés une fois de plus aux circonstances historiques :
- Les rendez-vous de l'été (Marseille, La Rochelle) seront-il porteurs du mode de désignation du candidat et d'une nouvelle orientation ?
- Et, l'orientation sera-t-elle produite ?
par le « leader » lui-même
ou par l'élaboration d'un « nouveau projet collectif »

Restera encore en suspens :
- Comment mettre en valeur auprès des philosophes, des médias et des sympathisants la « force territoriale que nous représentons » dans les Régions et les Cantons mais aussi la valeur de notre militantisme. (Ex. à la Fédération de l'Essonne, nous avons su nous montrer rassemblés après les Européennes ; et à la section de Massy, nous avons choisi localement la solidarité constructive quelques soient nos tendances) ?

- Comment évacuer cette « peur de trancher collectivement » et, comme le rappelle Julien Dray (lettre du 17/07/09) comment lutter contre les accords d'appareil « au sommet » ?

- Et, comment remettre en débat la question cruciale du régime parlementaire.

Pour finir, j'ai pointé que tu regrettes que le PS n'ouvre pas de « dialogue avec toute la société » et là repose la force de mon engagement que tu connais, celui de la Démocratie participative qui ouvre en effet ce dialogue qui se veut aussi en lien avec l'histoire contemporaine elle-même et en devenir.

Toutefois, tous les efforts que nous portons les uns et les autres en continuant à militer, à s'interroger, à persévérer dans le sens des valeurs de gauche qui sont les nôtres, peuvent-il se réduire aux humeurs d'un philosophe ? Aussi, j'aimerais partager ton espoir que tu traduis en ces mots : « si votre cri permet aux socialistes de réagir [...]. Merci », car je me demande comment ceux-là peuvent réagir avec des semelles de plomb et trouver leur ordre de marche. Amitiés socialistes / M. Trégret

Ecrit par : Martine Trégret | 21.07.2009

Merci Martine. Ne nous laissons pas "morbidiser"!!
Amitiés socialistes

Ecrit par : chouat | 21.07.2009

Cher Francis,

J'aime la lecture de vos mots, pesés, précis et surtout pensés... Comme vous, je considère que BHL est parmi ceux les moins bien placés pour apporter une obole salutaire au PS. La violence intellectuelle de son propos nous rappelle combien ceux qui hier aimaient flaner dans les salons mitterrandiens sont amers de ne pas figurer au rang des héritiers... A mes yeux, ils cherchent une filiation et là demeure le drame de quelques dirigeants socialistes lorsqu'ils croient qu'ils portent une vérité.

En effet , hier ils étaient la gauche caviar, aujourd'hui ils voudraient nous faire croire qu'ils sont la gauche moderne... Un cadavre à la renverse ? Ceux qui pensent que le PS doit mourir pour ressusciter et ainsi sauver son âme se trompent et adressent précisément un message de dépolitisation à ceux qui sont à la recherce de marqueurs politiques... On ne construit rien sur un cadavre sauf à se nourrir comme le fait la charogne...
Mes propos sont volontairement durs car il est déprimant de lire, d'écouter sous l'écho plus que complice des médias que le Parti socialiste meurt à petit feu, qu'il se vide de ses brillants éléments, qu'il se désagrège sur l'autel de l'obscurantisme des siens et j'en passe. Tout cela me fait penser à la chute du PC avec cependant à l'époque quelques bonnes raisons ... et participe d'une orchestration savamment établie pour affaiblir la gauche et le parti socialiste précisément... Nicolas Sarkozy a le génie politique de comprendre et lire les rapports politiques, de connaître nos dirigeants les plus pressés de servir la France... lors de déjeuners sympas à l'Elysée. Il construit sa victoire de 2012 pendant que nous autres, organisons notre défaite.

Au delà de ces éléments, il ne faut pas occulter la faute imputable au PS, lui même ... Son problème, il est aujourd'hui une société civile de moyens au service d'élus qui se construisent des territoires comme jadis des wilayas pour organiser des assauts ... Les enfants du PS, ces futurs jeunes élus ou souvent "permanents professionnels" n'en sont que les héritiers et agissent avec la même verve, désespérant de voir ceux qui jouent au CAC40 PS en s'imaginant à la tête d'un prochain territoireen guise de bonus.... Avant même le projet qu'on nous rabache à longueur de journée, il faut s'interroger sur notre volonté d'abord de nous aimer, de partager des valeurs communes pour construire ensemble un projet de société à proposer aux français... Trop peu de socialistes s'inscrivent aujourd'hui dans le collectif, le problème est bien là, chacun joue sa partition, chacun joue son destin en pensant qu'il brillera plus pour la France que celui de son voisin... Les dirigeants PS doivent renoncer au golf et se mettre au rugby, un point ne se marque que s'il est construit par une succession de passes intelligentes, répétées et surtout généreuses... !

Francis, vos propos sont construits, merci d'avoir répondu à BHL car si c'est aujourd'hui BHL qui est l'écho parmi les notres de ce qu'il faut faire pour sauver le PS , il ne nous reste plus qu'à espérer que Jaurès se réveille car ils sont devenus !!!

Ecrit par : Jeanson | 07.08.2009

Merci jeanson. Si c'est un nom d'emprunt, il est de pleine actualité.

Ecrit par : Chouat | 08.08.2009

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